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Encadrement des loyers prolongé jusqu'en 2028 ? Ce qui change à Lille, Lomme et Hellemmes

Publié le 20/12/2026

L'encadrement du niveau des loyers à Lille, Hellemmes et Lomme devait s'arrêter fin novembre 2026. Le Sénat a voté le 21 octobre une prolongation de deux ans, mais le texte n'est pas définitivement adopté. Voici ce qui est acquis et ce que chaque scénario change pour votre bail.

Ce qui derait se passer fin novembre 2026

L'encadrement du niveau des loyers repose sur l'article 140 de la loi Elan du 23 novembre 2018. Il s'agit d'une expérimentation : la loi l'a ouverte « à titre expérimental », d'abord pour cinq ans, puis la loi 3DS du 21 février 2022 a porté cette durée à huit ans. Le délai court à compter de la publication de la loi Elan au Journal officiel, le 24 novembre 2018.

La date exacte varie d'un ou deux jours selon les documents officiels : 23 novembre 2026 pour le rapport du Sénat, 24 novembre pour service-public.fr et la Cour des comptes, 25 novembre pour l'ANIL. La référence utile pour vous est l'arrêté du préfet du Nord du 10 février 2026 : il fixe les loyers de référence de Lille du 1er avril au 24 novembre 2026, et pas au-delà.

À Lille, le dispositif a été demandé par la Métropole européenne de Lille, mais il ne couvre que trois communes : Lille, Hellemmes et Lomme, délimitées par le décret n° 2020-41 du 22 janvier 2020. Il s'applique depuis le 1er mars 2020. Les autres communes de la métropole ne sont pas concernées.

Sans intervention du législateur, le loyer de référence majoré ne s'imposerait plus pour un bail signé après l'échéance, d'autres règles continuant toutefois de limiter les hausses.

La prolongation : où en est le texte

Le texte en discussion est une proposition de loi du député Inaki Echaniz, déposée le 28 octobre 2025. L'Assemblée nationale l'a adoptée le 11 décembre 2025 dans une version qui rendait l'encadrement permanent et l'ouvrait à de nouvelles communes volontaires en zone tendue.

Le Sénat a fait un autre choix : sa commission a réécrit l'article 1er le 14 octobre 2026, et le texte a été adopté en séance le 21 octobre. La version sénatoriale :

  • remplace, dans l'article 140 de la loi Elan, la durée de « huit » ans par « dix » ans, soit deux ans de plus ; le texte ne donne pas de date, mais par calcul l'échéance tomberait en novembre 2028 ;

  • maintient le dispositif à périmètre constant : aucune nouvelle collectivité ne peut entrer, le délai de candidature n'est pas rouvert ;

  • permet à l'intercommunalité qui a demandé l'encadrement, ici la MEL, ou à une commune de demander la fin du dispositif avant le terme ;

  • porte de trois mois à un an le délai pour contester un complément de loyer ;

  • ramène à un an la prescription de l'action en diminution du loyer de base, la saisine de la commission de conciliation suspendant ce délai ;

  • permet de déléguer aux maires, et plus seulement à celui de Paris, les pouvoirs de contrôle et de sanction du préfet.

Les deux assemblées n'ayant pas adopté le même texte, la navette continue. Si les députés votent la version du Sénat sans la modifier, la loi serait définitivement adoptée et pourrait être promulguée. Sinon, le texte repartirait au Sénat : faute de procédure accélérée, une commission mixte paritaire ne pourrait être réunie qu'après deux lectures dans chaque assemblée. L'Assemblée n'a pas encore fixé de date d'examen.

Le calendrier est serré. En commission au Sénat, Yannick Jadot a regretté l'absence de procédure accélérée, qui aurait évité que le dispositif puisse disparaître « du jour au lendemain » malgré l'intervention du législateur. Si la loi était promulguée après l'échéance, le sort des baux signés entre-temps dépendrait de sa rédaction finale ; aucun texte officiel ne le règle à ce jour. Une prolongation devrait aussi s'accompagner d'un nouvel arrêté préfectoral.

Bail en cours : ce qui ne change pas

Si un bail est déjà en cours, la fin ou la prolongation de l'expérimentation ne modifie pas son loyer. Comme le rappellent les rapports de l'Assemblée et du Sénat, l'encadrement du niveau ne s'apprécie qu'à la signature du bail.

En cours de bail, le loyer ne peut être révisé qu'une fois par an, si le bail le prévoit, dans la limite de la variation de l'indice de référence des loyers (IRL) publié par l'Insee. Pour un logement classé F ou G au diagnostic de performance énergétique, la révision est interdite pour les baux signés, renouvelés ou tacitement reconduits depuis le 24 août 2022. Si votre bail comporte un complément de loyer, la révision s'applique au total formé par le loyer de base et le complément.

Une éventuelle fin de l'encadrement ne jouerait donc qu'à la signature d'un nouveau bail ou au renouvellement.

Le mécanisme qui reste dans tous les cas : l’encadrement à la relocation

Un second dispositif n'est pas concerné par l'échéance de novembre 2026. En zone tendue, dont fait partie l'agglomération lilloise, l'article 18 de la loi de 1989 limite l'évolution du loyer lors d'une relocation ou d'un renouvellement, par un décret du 27 juillet 2017 prorogé chaque année. Sa version actuelle couvre les contrats conclus ou renouvelés jusqu'au 31 juillet 2027.

Le principe : quand un logement est reloué moins de 18 mois après le départ du précédent locataire, le nouveau loyer ne peut pas dépasser le dernier loyer appliqué. Il peut seulement être augmenté de la variation de l'IRL si aucune révision n'a eu lieu au cours des douze derniers mois. Le dernier loyer doit figurer dans le nouveau bail.

Exemple fictif : l'ancien locataire payait 700 € hors charges, sans révision depuis plus d'un an, et l'IRL a progressé de 1,5 % sur un an. Le nouveau loyer ne pourrait pas dépasser 700 × 1,015 = 710,50 € hors charges, sauf exception.

Les exceptions sont limitées. Le loyer est libre pour une première mise en location et, pour les logements classés A à E, après au moins 18 mois de vacance. Des travaux d'au moins la moitié de la dernière année de loyer permettent une hausse plafonnée à 15 % de leur coût TTC. Un loyer manifestement sous-évalué peut aussi être réévalué, dans une limite encadrée. Pour un logement classé F ou G, aucune hausse n'est possible.

Ce mécanisme s'ajoute aujourd'hui au plafond lillois et resterait seul en place si l'expérimentation s'arrêtait, sous réserve de sa reconduction par décret chaque été.

Lille, Lomme, Hellemmes : loyers de référence, complément, recours et sanctions

Le préfet du Nord fixe chaque année par arrêté trois montants au mètre carré habitable : le loyer de référence (médian), le loyer de référence majoré (+ 20 %) et le loyer de référence minoré (- 30 %). Ils varient selon le secteur géographique, le nombre de pièces, l'époque de construction et le caractère meublé ou non du logement.

Le loyer de base, hors charges et hors complément, ne doit pas dépasser le loyer de référence majoré en vigueur à la signature du bail, et le bail comme l'annonce doivent mentionner ces montants. La règle vaut pour les locations vides et meublées de résidence principale, y compris le bail mobilité, mais pas pour les logements sociaux ni les meublés de tourisme. En colocation, la somme des loyers ne doit pas dépasser le plafond du logement.

Le complément de loyer permet de dépasser le plafond, à deux conditions : le loyer de base doit déjà atteindre le loyer de référence majoré, et le logement doit présenter des caractéristiques de localisation ou de confort qui le justifient par rapport aux logements comparables du même secteur. Son montant et sa justification doivent figurer dans le bail. Depuis le 18 août 2022, il est interdit en cas de certains défauts, comme des sanitaires sur le palier, de l'humidité, un DPE F ou G ou une installation électrique dégradée.

Pour contester un complément de loyer, le locataire saisit la commission départementale de conciliation du Nord dans les trois mois suivant la signature du bail. Ce délai passerait à un an si la version du Sénat était définitivement adoptée. C'est au bailleur de prouver que le complément est justifié. En l'absence d'accord, le locataire dispose de trois mois après l'avis de la commission pour saisir le juge des contentieux de la protection.

Si le loyer de base dépasse le plafond, le locataire peut demander une diminution et le remboursement du trop-perçu, et signaler la situation. Le préfet peut mettre le bailleur en demeure de régulariser, puis prononcer une amende pouvant atteindre 5 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale, comme une SCI. À Lille, la Ville recueille les signalements en lien avec les services de l'État, et l'ADIL du Nord-Pas-de-Calais donne des conseils juridiques gratuits.

Si l’encadrement s’arrêtait

Situation

Prolongation adoptée à temps

Fin de l’expérimentation

Bail en cours

Inchangé, révision annuelle limitée à l’IRL

Inchangé, révision annuelle limitée à l’IRL

Nouveau bail ou relocation

Plafond du loyer de référence majoré + règle de la zone tendue

Règle de la zone tendue seule : dernier loyer, éventuellement révisé selon l’IRL, sauf exceptions

Complément de loyer

Possible sous conditions, contestable en un an (version Sénat)

Plus de plafond de référence, donc plus de complément pour les nouveaux baux

Échéance

Novembre 2028, sortie anticipée possible à la demande de la MEL ou d'une commune

Plafond levé pour les baux signés après le 24 novembre 2026

Pour un locataire, la fin de l'expérimentation ne signifierait pas une hausse automatique. Lors d'une relocation après un départ récent, le nouveau loyer resterait limité par le dernier loyer appliqué. En revanche, une première location, un logement vacant depuis plus de 18 mois ou un logement rénové pourraient être loués au-dessus de l'ancien plafond. Un bail signé jusqu'au 24 novembre 2026 relève, lui, de l'arrêté actuel.

Pour un bailleur, la fin du plafond ne libérerait pas le loyer d'un logement déjà loué. Elle jouerait surtout dans les cas d'exception, en particulier après des travaux importants. Si vous envisagez de rénover avant une remise en location, l'estimation du coût des travaux et l'annuaire d'artisans d'Omizi peuvent vous aider à chiffrer le projet ; un logement classé F ou G ne peut toutefois pas voir son loyer augmenter.

Ce que dit la Cour des comptes

La Cour des comptes a publié le 14 octobre 2026 un rapport, « L'encadrement des loyers », demandé par la commission des finances de l'Assemblée nationale. Elle juge que la mise en œuvre du dispositif « demeure complexe » et « repose sur des fondements méthodologiques fragiles », que les données de loyers sont incomplètes et que les effets de l'encadrement restent difficiles à évaluer. Elle cite l'évaluation remise au Parlement en mai 2026, qui estime une modération de la hausse des loyers de 2 à 4 % sur deux ans et demi, tout en appelant à interpréter ces résultats avec prudence.

La Cour propose deux scénarios. Le premier : prolonger l'expérimentation à périmètre constant, sous réserve d'une réforme structurelle (données fiabilisées, calcul des loyers de référence amélioré, complément de loyer clarifié, recours simplifiés). Le second, à défaut de réforme : mettre fin à l'expérimentation et renforcer l'encadrement de l'évolution des loyers déjà en place, avec une meilleure information des locataires et un meilleur respect des règles. La rapporteure du Sénat a relevé qu'aucun scénario ne recommandait la pérennisation. La version sénatoriale s'en inspire : deux ans de plus et une meilleure collecte des loyers pour évaluer le dispositif à son terme.


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