Un potager assoiffé en été, une facture d'eau qui grimpe : creuser un puits ou faire réaliser un forage est tentant. C'est possible, mais pas sans formalités. Tout puits ou forage à usage domestique, c'est-à-dire prélevant moins de 1 000 m³ par an, doit être déclaré en mairie au moins un mois avant les travaux, selon service-public.gouv.fr. Si l'eau sert à boire, à cuisiner ou même à arroser un potager, elle doit être analysée par un laboratoire agréé. Et elle ne doit jamais se mélanger à l'eau du réseau public. Voici les démarches, les usages permis, les contrôles possibles et un exemple de budget.
Quelles démarches avant de creuser ?
L'article L2224-9 du Code général des collectivités territoriales impose de déclarer en mairie tout ouvrage à usage domestique. La déclaration se fait en deux temps : avant les travaux, puis une fois ceux-ci achevés.
Selon service-public.gouv.fr, la première déclaration doit être faite au moins un mois avant le début des travaux, avec le formulaire Cerfa n° 13837*03 « Déclaration d'ouvrage : prélèvements, puits et forages à usage domestique », accompagné d'un extrait cadastral ou d'un plan de localisation. La seconde intervient au plus tard un mois après la fin du chantier, avec les résultats d'analyse de l'eau si elle est destinée à la consommation humaine.
La profondeur change aussi la procédure. Au-delà de 10 mètres, l'ouvrage relève en plus du Code minier (article L411-1) et se déclare sur DUPLOS, le téléservice du BRGM, qui transmet le dossier à la mairie et aux services de l'État. L'ouvrage reçoit alors un code dans la banque de données du sous-sol. Avant de creuser, déclarez enfin vos travaux aux exploitants de réseaux souterrains (déclaration DT-DICT).
Situation | Démarche | Interlocuteur |
Ouvrage de moins de 10 m, usage domestique | Cerfa n° 13837*03 ou téléservice DUPLOS | mairie |
Ouvrage de plus de 10 m | déclaration sur DUPLOS (Code minier et mairie) | BRGM, mairie, services de l'État |
Eau destinée à la consommation humaine | analyse par un laboratoire agréé, résultats joints à la déclaration d’achèvement | mairie |
Prélèvement au-delà de 1 000 m³ par an | n’est plus un usage domestique autres règles du Code de l’environnement | services de l'État |
Un ancien puits n'échappe pas à la règle : le décret n° 2008-652 du 2 juillet 2008 imposait de déclarer les ouvrages existants avant fin 2009. Si le vôtre ne l'a jamais été, régularisez la situation auprès de votre mairie.
Arrosage, toilettes, eau de boisson : quels usages sont permis ?
L'eau d'un puits peut servir à de nombreux usages, mais certains déclenchent une obligation d'analyse. Service-public.gouv.fr considère comme destinée à la consommation humaine l'eau utilisée pour :
la boisson, la préparation et la cuisson des aliments ;
le lavage de la vaisselle ;
l'arrosage des jardins potagers ;
l'hygiène corporelle, l'hygiène générale et la propreté ;
les autres usages domestiques présentant un risque d'ingestion.
Dans tous ces cas, l'eau doit être analysée par un laboratoire agréé, à vos frais. L'arrosage d'un potager figure dans la liste, ce qui surprend souvent. Pour un simple arrosage de pelouse ou de massifs, l'analyse n'est pas exigée, mais la déclaration reste obligatoire. Pour boire l'eau du puits, la prudence s'impose : la qualité d'une eau souterraine n'est jamais garantie et peut varier dans le temps.
Le contrôle par le service d'eau et l'interdiction de connexion
Aucune connexion ne doit exister entre votre réseau alimenté par le puits et celui alimenté par l'eau du réseau public. Une simple vanne ouverte par erreur pourrait renvoyer l'eau du puits dans les canalisations de la commune.
C'est précisément ce que vérifie le service d'eau potable. Selon service-public.gouv.fr, il peut contrôler les installations des abonnés qui utilisent une autre ressource (eau de pluie, eau souterraine ou de surface), après les avoir prévenus au plus tard 7 jours ouvrés avant la visite. Le contrôle porte sur les installations visibles, les usages de l'eau et l'absence de connexion. Les frais sont à votre charge. Si le risque de contamination persiste, le service peut fermer votre branchement d'eau potable.
Gardez donc deux circuits totalement séparés, avec des robinets clairement identifiés.
Sécheresse : votre puits est aussi concerné
Les arrêtés de restriction d'eau s'appliquent aussi aux puits et forages privés. Le guide 2026 du ministère de la Transition écologique sur la mise en œuvre des restrictions précise que les prélèvements domestiques hors réseau, notamment les forages privés, y sont soumis.
Pour l'arrosage des potagers, ce guide prévoit au minimum une interdiction entre 11 h et 18 h en alerte, puis entre 9 h et 20 h en alerte renforcée ; le préfet peut aller plus loin, et en crise seuls les usages prioritaires restent permis. L'eau de pluie récupérée échappe à ces mesures. Consultez la situation de votre adresse sur VigiEau, la plateforme publique dédiée. Selon service-public.gouv.fr, un particulier qui enfreint ces restrictions s'expose à une amende pouvant atteindre 1 500 €, et 3 000 € en cas de récidive.
Combien coûte un forage pour arroser un potager dans le Nord ?
Faute de prix de référence officiel, raisonnez par postes : le coût dépend surtout de la profondeur de la nappe, de la nature du sol, du diamètre du forage et de l'équipement de pompage. Demandez plusieurs devis détaillés.
Prenons l'exemple hypothétique d'un foyer près de Douai qui veut arroser un potager de 100 m². Toutes les valeurs sont des hypothèses de calcul : un forage de 25 mètres facturé 100 € le mètre, soit 2 500 €, une pompe et son raccordement à 800 € et une analyse d'eau à 200 €, soit 3 500 € au total. Comme l'ouvrage dépasse 10 mètres, il se déclare sur DUPLOS.
Avec un arrosage de 5 litres par m² et par jour pendant 120 jours, le potager consomme 60 m³ par an, bien en dessous du seuil de 1 000 m³. Si l'eau du réseau revient à 4 € le m³, assainissement compris, l'économie atteint 240 € par an, hors électricité de la pompe : environ 15 ans pour amortir l'installation.
Déclarer, analyser, séparer
Un puits ou un forage peut alléger votre facture d'eau, à condition de respecter trois règles simples : déclarer l'ouvrage en mairie un mois avant les travaux, puis à leur achèvement ; faire analyser l'eau dès qu'elle sert à la cuisine, à l'hygiène ou au potager ; et ne jamais la relier au réseau public. Vérifiez aussi l'arrêté sécheresse de votre département avant d'arroser en été, et faites chiffrer le projet par un foreur qui connaît les nappes de votre secteur. Sur Omizi, vous pouvez décrire votre projet et recevoir jusqu'à 3 devis gratuits d'artisans de votre secteur.



