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Expropriation : comment se déroule la procédure et comment est calculée l'indemnité

Publié le 28/11/2026

Un avis d'enquête publique pour un nouveau tracé routier est affiché en mairie, et votre maison figure sur le plan. L'expropriation suit une procédure longue et encadrée, en deux temps. L'administration doit d'abord faire reconnaître l'utilité publique du projet et identifier chaque parcelle ; ensuite seulement, le juge de l'expropriation transfère la propriété et, à défaut d'accord, fixe l'indemnité. Elle comprend la valeur du bien et des indemnités accessoires. Voici les étapes, les délais, la méthode de calcul, un exemple chiffré et les droits à connaître.

Quelles sont les étapes d’une expropriation ?

La procédure comporte une phase administrative, menée par le préfet, puis une phase judiciaire. Tant que la seconde n'a pas abouti, vous restez propriétaire.

L'article 545 du Code civil pose le principe : nul ne peut être contraint de céder sa propriété, sauf pour cause d'utilité publique et moyennant une juste et préalable indemnité. Selon service-public.gouv.fr, la phase administrative se déroule ainsi :

  1. 1. une enquête publique, conduite par un commissaire enquêteur qui rend un avis motivé ;

  2. 2. la déclaration d'utilité publique (DUP), prise par arrêté préfectoral ou, pour certains grands ouvrages, par décret en Conseil d'État ; elle fixe le délai pour réaliser l'expropriation, 5 ans au plus ;

  3. 3. l'enquête parcellaire, qui délimite les terrains et identifie les propriétaires, avertis par lettre recommandée ;

  4. 4. l'arrêté de cessibilité, qui désigne les parcelles à exproprier et leurs propriétaires.

La DUP et l'arrêté de cessibilité peuvent être attaqués devant le tribunal administratif dans un délai de 2 mois : à compter de la publication pour la DUP, de la notification pour l'arrêté.

Que change l'ordonnance d'expropriation ?

L'ordonnance du juge de l'expropriation, magistrat du tribunal judiciaire du département, transfère la propriété à l'expropriant. Le juge statue sur dossier, sans entendre les propriétaires, à partir d'un arrêté de cessibilité de moins de 6 mois.

L'ordonnance éteint les droits réels et personnels sur le bien, baux compris, mais vous conservez la jouissance des lieux jusqu'au paiement ou à la consignation de l'indemnité. L'ordonnance ne peut être contestée que par un pourvoi devant la Cour de cassation, formé par un avocat aux Conseils, pour incompétence, excès de pouvoir ou vice de forme (articles L223-1 et L223-2).

Comment l'indemnité est-elle calculée ?

L'indemnité principale correspond à la valeur vénale du bien, c'est-à-dire le prix qu'il aurait atteint sur un marché normal. L'article L321-1 exige la réparation de l'intégralité du préjudice direct, matériel et certain : un préjudice moral n'est pas indemnisé.

Deux dates comptent. L'article L322-2 prévoit que les biens sont estimés à la date du jugement de première instance, mais selon leur usage effectif à une date de référence, en principe un an avant l'ouverture de l'enquête publique. Les hausses de valeur provoquées par l'annonce du projet sont écartées. La comparaison avec des ventes similaires est la méthode la plus courante ; le service « Patrim » de votre espace particulier sur impots.gouv.fr donne accès à ces ventes.

Indemnité

Ce qu’elle couvre

Principale

Valeur vénale du bien, selon son état réel

Remploi

Frais pour racheter un bien équivalent (notaire, droits, recherches)

Déménagement

Frais réels justifiées ou forfait

Perte de loyers

Revenus locatifs perdus

Dépréciiation du surplus

Perte de valeur de la partie non expropriée

L'indemnité de remploi est due même sans rachat, sauf si le bien était en vente dans les 6 mois précédant la DUP. Le Code ne fixe pas de taux ; un barème dégressif est souvent appliqué, repris par exemple dans des protocoles signés par l'administration fiscale : 20 % jusqu'à 5 000 €, 15 % de 5 000 à 15 000 €, 10 % au-delà. Le juge peut l'adapter.

Offre, accord amiable ou juge : comment se négocie le montant ?

L'expropriant vous adresse une offre par lettre recommandée, et vous disposez d'un mois pour l'accepter ou présenter une demande chiffrée et motivée. Un accord amiable se conclut par acte notarié ou par acte administratif.

Sans accord, l'expropriant saisit le juge un mois après la notification de l'offre. La procédure est écrite et contradictoire, et la représentation par avocat est obligatoire, selon justice.fr. Le juge visite les lieux en présence du commissaire du gouvernement, représentant de l'État chargé de proposer une évaluation motivée. Les arrêtés de désignation publiés par les préfectures, pris sur le fondement de l'article R212-1, confient ce rôle à des agents des finances publiques. Le jugement peut être frappé d'appel dans un délai d'un mois à compter de sa notification (article R311-24). L'expropriant a ensuite 3 mois pour payer ou consigner, faute de quoi des intérêts sont dus.

Exemple chiffré : une maison louée à Douai

Prenons un cas hypothétique. Un bailleur possède à Douai une maison de 90 m², louée 750 € par mois, sur le tracé d'un projet déclaré d'utilité publique. À titre de repère, les ventes de maisons enregistrées en 2025 à Douai dans les données DVF de l'État affichent un prix médian d'environ 1 550 €/m².

L'expropriant offre 130 000 € d'indemnité principale, plus 14 000 € de remploi. Le propriétaire refuse, ventes comparables à l'appui. Supposons que le juge retienne 145 000 €, soit environ 1 611 €/m². Avec le barème dégressif, le remploi atteint 1 000 + 1 500 + 13 000 = 15 500 €. Avec deux mois de loyers perdus (1 500 €), le total s'élève à 162 000 €, soit 16 500 € de plus que l'offre sur la valeur et le remploi.

Délaissement, rétrocession, fiscalité : les droits à connaître

Le droit de délaissement permet d'obliger l'expropriant à se décider. Un an après la publication de la DUP, vous pouvez le mettre en demeure d'acquérir votre bien (article L241-1) ; il dispose de 2 ans pour acheter, poursuivre la procédure ou renoncer, délai prolongeable d'un an (article R241-1).

Si le bien n'a pas reçu la destination prévue dans les 5 ans suivant l'ordonnance, vous pouvez en demander la rétrocession pendant 30 ans (articles L421-1 et suivants).

Côté impôts, l'article 150 U, II-4° du Code général des impôts exonère la plus-value d'un bien frappé d'une DUP si l'indemnité est intégralement remployée en immobilier dans les 12 mois. Le BOFiP admet un remploi de 90 % : dans notre exemple, 130 500 €.

Préparer son dossier dès l'enquête publique

L'essentiel se joue avant l'audience. Dès l'ouverture de l'enquête publique, consultez le dossier et déposez vos observations. Rassemblez ensuite les preuves de la valeur de votre bien : ventes comparables issues de Patrim, factures de travaux, photos, diagnostics, baux en cours. À réception de l'offre, ne laissez pas passer le délai d'un mois et chiffrez précisément chaque indemnité accessoire. Si l'écart reste important, faites-vous assister par un avocat et sollicitez l'ADIL de votre département. Pour situer votre bien face au marché local, consultez les prix immobiliers par commune publiés sur Omizi.

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