En septembre 2025, le Bureau d’analyse des risques et pollutions industriels (BARPI), service du ministère de la Transition écologique, a publié une analyse de 141 événements impliquant des panneaux photovoltaïques posés sur des toits de sites industriels et agricoles. Depuis, la question revient chez les professionnels du bâtiment et de l’assurance. Le risque existe, mais il se concentre sur quelques points connus : connectique, câblage en courant continu, onduleur et qualité de pose. Une installation conforme, attestée par le Consuel, entretenue et déclarée à votre assureur limite ce risque et vous protège en cas de sinistre. Voici les points à contrôler et les démarches à faire.
Les panneaux solaires provoquent-ils souvent des incendies ?
Aucune source officielle ne publie à ce jour de fréquence d'incendies pour les panneaux installés sur des maisons. Les données publiques détaillées portent sur les bâtiments industriels et agricoles et nuancent l'image d'un équipement qui s'enflamme seul.
Le BARPI relève que 65 % des 141 événements concernent des exploitations agricoles et que l'incendie touche environ 98 % d'entre eux. Mais l'installation photovoltaïque n'en est la cause première que dans 20 % des cas : le plus souvent, le feu part d'ailleurs et gagne la toiture.
Pour une maison, l'intervention des secours pose aussi problème. Un module produit une tension dès qu'il reçoit de la lumière, et couper le compteur n'arrête pas le courant continu entre les panneaux et l'onduleur. Prenons l'exemple de 8 modules montés en série, chacun affichant une tension à vide de 40 V sur sa fiche technique (hypothèse indicative) : en plein jour, la chaîne atteint environ 320 V en courant continu, même réseau coupé.
D'où viennent les départs de feu ?
Les défauts se concentrent sur la partie en courant continu : connecteurs, boîtes de jonction, câbles et onduleur, l'appareil qui convertit ce courant continu en courant alternatif. Selon l'Observatoire 2017 de l'Agence qualité construction (AQC), les sinistres signalés sur des systèmes intégrés en toiture relevaient dans 30 % des cas de dysfonctionnements électriques (part établie sur plus de 600 rapports reçus depuis 2012).
Les causes identifiées par l'AQC et le BARPI :
des connecteurs incompatibles, mal montés ou dégradés, qui chauffent : l'AQC recommande la même marque et le même type de connecteur de part et d'autre d'une connexion ;
l'arc électrique, une décharge entre deux conducteurs mal raccordés, qu'en courant continu ni les protections différentielles, ni les disjoncteurs, ni les fusibles ne détectent ;
des câbles sous-dimensionnés ou abîmés, y compris par des rongeurs ;
l'onduleur, qui chauffe en fonctionnement : l'AQC préconise de ventiler systématiquement son local ;
la pose : fixations, cheminement des câbles, isolement vis-à-vis des matériaux combustibles.
Intégration au bâti ou surimposition : ce qui change
En intégration au bâti, les modules remplacent les tuiles et assurent l'étanchéité du toit. En surimposition, ils sont fixés par-dessus la couverture. La France a longtemps favorisé l'intégration, qui ventile moins bien les modules : l'AQC chiffre la perte qui en résulte entre 5 et 10 % de la production annuelle et insiste sur une lame d'air suffisante sous les panneaux, car la chaleur fait vieillir les composants. L'AQC constate que les installations intégrées se raréfient.
Quels documents prouvent que votre installation est conforme ?
Trois pièces comptent : l'attestation de conformité visée par le Consuel, l'attestation d'assurance décennale de l'installateur et la preuve de sa qualification. S'il en manque une, réclamez-la ou faites vérifier l'installation.
L'attestation du Consuel (Comité national pour la sécurité des usagers de l'électricité) est exigée, en application du décret n° 72-1120 du 14 décembre 1972, pour les installations de production de moins de 250 kVA raccordées au réseau public. Elle est bleue sans batterie, violette avec batterie. L'installateur y joint un dossier technique qui décrit notamment l'interrupteur-sectionneur général côté courant continu, la « coupure d'urgence ». L'installation doit respecter la norme NF C 15-100 et le guide UTE C 15-712-1, qui prévoit un étiquetage des équipements.
Selon le rapport d'activité 2023 du Consuel, sur 41 741 installations photovoltaïques de bâtiments d'habitation contrôlées une première fois par sondage, 36 % présentaient un défaut de signalisation et 18,3 % un défaut dans le mode de pose des câbles.
Côté qualification, service-public.gouv.fr recommande un professionnel RGE (reconnu garant de l'environnement). Vérifiez que sa qualification et son attestation décennale couvrent le photovoltaïque.
Que faut-il déclarer à votre assurance habitation ?
Vous devez signaler l'installation à votre assureur. Service-public.gouv.fr précise qu'une fois les panneaux posés, vous devez souscrire une assurance responsabilité civile pour l'installation, en général en faisant modifier votre contrat habitation, dont la cotisation est alors recalculée.
Toute circonstance nouvelle qui aggrave le risque doit être déclarée dans les 15 jours, par lettre recommandée ou envoi recommandé électronique. Une omission peut entraîner, après un sinistre, une réduction de l'indemnité (article L113-9 du Code des assurances).
Demandez aussi à votre assureur si panneaux et onduleur sont couverts comme partie du bâtiment (incendie, dommages électriques, grêle), si la responsabilité civile couvre les dommages causés à un tiers par l'installation et quelles exclusions s'appliquent, notamment pour défaut d'entretien ou non-conformité.
Entretien et contrôles : que surveiller après la mise en service ?
Le premier signal d'alerte est une baisse de production : selon l'AQC, elle accompagne tous les types de dysfonctionnements.
Point à vérifier | Comment | Qui |
Production | Comparer chaque mois avec le même mois de l’année précédente | Vous |
Modules et câbles | Observer depuis le sol : module fêlé, câble pendant, traces brunies | Vous |
Onduleur | Local ventilé et dégagé, messages d’erreur | Vous, puis un électricien en cas d’alerte |
Connexions et points chauds | Caméra thermique, serrage, mesure d’isolement | Électricien qualifié en photovoltaïque |
Étiquetage et coupure | Étiquettes présentes, interrupteur-sectionneur accessible | Vous, puis l’installateur |
Assurance | Avenant écrit mentionnant l’installation | Vous et votre assureur |
Les gestes à faire dès cette semaine :
1. Rassemblez l'attestation Consuel, le schéma, les factures et l'attestation décennale.
2. Vérifiez l'accès à la coupure côté courant continu et la présence des étiquettes.
3. Déclarez l'installation à votre assureur par lettre recommandée et demandez un avenant écrit.
4. Notez la production de chaque mois.
5. Gardez le local de l'onduleur ventilé et dégagé.
6. Au moindre signe suspect (odeur, alerte, chute de production), faites-la contrôler par un électricien qualifié.
Ne débranchez jamais vous-même un connecteur en courant continu : l'INRS rappelle qu'une ouverture en charge peut créer un arc difficile à interrompre.
Un risque qui se maîtrise
Le risque d'incendie des panneaux solaires reste mal mesuré pour les maisons, mais ses causes sont connues : connectique, câblage en courant continu, onduleur et pose. Protégez-vous avec une installation attestée par le Consuel, une déclaration écrite à votre assureur et un suivi régulier de la production. Au moindre doute, appelez un électricien plutôt que de toucher aux connexions.
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