Les documents du budget 2027 annoncent que les pompes à chaleur ne seraient plus financées que par les certificats d’économies d’énergie (CEE), à partir du 1er janvier 2027. Rien n’est encore inscrit au Journal officiel. Voici ce qui est déjà en vigueur, ce qui reste un projet, et comment décider si vous devez déposer votre dossier MaPrimeRénov’ cette année.
Ce que prévoit le budget 2027
Le projet annuel de performances de la mission « Cohésion des territoires » est explicite : « les gestes prioritaires de décarbonation, notamment les pompes à chaleur, seront uniquement financés par les certificats d’économie d’énergie ». L’objectif affiché est de simplifier le parcours des ménages et de recentrer l’Agence nationale de l’habitat (Anah) sur les rénovations globales.
Le rapport annexé au projet de loi sur la rénovation énergétique des bâtiments donne la date : « à partir du 1er janvier 2027 », ces gestes « ne seront plus financés par MPR geste mais uniquement par les certificats d’économie d’énergie ». Le site gouvernemental du plan d’électrification annonce de son côté la « fin du double guichet » entre MaPrimeRénov’ et les CEE : la simplification « sera effective à partir du 1er janvier 2027 ».
Sur le plan budgétaire, les deux annexes prévoient une baisse des crédits versés à l’Anah par le programme 135 en 2027. Le projet annuel de performances l’attribue au recentrage sur la décarbonation et au « financement des gestes uniquement par les CEE ».
Trois points restent ouverts au 27 octobre 2026 :
les crédits peuvent encore être modifiés pendant la discussion parlementaire, à l’Assemblée nationale puis au Sénat ;
la suppression du forfait elle-même passerait par un décret et un arrêté. Aucun n’est publié ;
aucune mesure de transition n’est annoncée pour les dossiers déposés avant la bascule.
Ce qui a déjà changé en 2026
Ces règles sont publiées au Journal officiel et s’appliquent aujourd’hui.
Depuis le 1er septembre 2026, le décret n° 2026-822 et l’arrêté du 25 août 2026 (JO du 27 août 2026) ont fortement réduit le parcours par geste. Pour les demandes déposées depuis cette date, il ne finance plus en métropole que :
les pompes à chaleur air/eau ;
les pompes à chaleur géothermiques ou solarothermiques ;
le raccordement à un réseau de chaleur ou de froid alimenté majoritairement par des énergies renouvelables ou de récupération ;
la dépose d’une cuve à fioul ;
l’audit énergétique hors obligation réglementaire.
L’isolation, le chauffage au bois, les chauffe-eau thermodynamiques, la ventilation et le solaire thermique sont sortis du parcours par geste en métropole. Depuis la même date, une pompe à chaleur ne peut plus avoir d’appoint utilisant un combustible fossile. Les pompes à chaleur hybrides gaz ou fioul ne sont donc plus finançables.
Le même décret maintient l’accès au parcours par geste pour les logements classés F et G jusqu’au 31 décembre 2027. Pour les demandes déposées à partir du 1er janvier 2028, le logement devra être classé entre A et E. Cette date remplace celle du 1er janvier 2027 que le décret du 12 juin 2026 avait fixée.
Si vous avez lu que l’isolation seule ne serait plus financée en maison à partir de 2027, l’information est dépassée : depuis le 1er septembre 2026, plus aucun travail d’isolation n’est financé par le parcours par geste en métropole, en maison comme en appartement.
La rénovation d’ampleur a aussi changé. Depuis le 1er janvier 2026, un rendez-vous dans un espace conseil France Rénov’ est obligatoire avant le dépôt. Depuis le 1er septembre 2026, un dossier pour une maison individuelle n’est plus aidé si les travaux installent ou conservent un chauffage ou une production d’eau chaude utilisant un combustible fossile, gaz compris. Enfin, toutes les demandes d’aide de l’Anah se déposent désormais sur france-renov.gouv.fr.
Prime CEE ou MaPrimeRénov’ : ce que vous touchez selon votre profil
Les forfaits MaPrimeRénov’ sont fixés par arrêté. Les primes CEE sont fixées librement par chaque fournisseur d’énergie ou son partenaire. Le Coup de pouce « Chauffage » les majore quand une pompe à chaleur air/eau ou eau/eau remplace une chaudière au charbon, au fioul ou au gaz, mais l’État ne fixe plus de montant minimal. Comparez les offres.
Profil de revenus | MaPrimeRénov’ PAC air/eau (dépense plafonnée à 12 000 €) | MaPrimeRénov’ PAC géothermique (dépense plafonnée à18 000 €) | Plafond MaPrimeRénov’ + CEE | Prime CEE |
Bleu (très modeste) | 5 000 € | 11 000 € | 90 % de la dépense | Tarif « ménage modeste », bonifié si une chaudière fossile est remplacée |
Jaune (modestes) | 4 000 € | 9 000 € | 75 % de la dépense | Tarif « ménage modeste », bonifié si une chaudière fossile est remplacée |
Violet (intermédiaires) | 3 000 € | 6 000 € | 60 % de la dépense | Tarif standard, bonifié si une chaudière fossile est remplacée |
Rose (supérieurs) | Aucun forfait | Aucun forfait | Sans objet | Tarif standard, bonifié si une chaudière fossile est remplacée |
Montants en vigueur pour les demandes déposées depuis le 1er septembre 2026, en France métropolitaine. Les plafonds de revenus « ménage modeste » du Coup de pouce sont les mêmes que ceux du profil jaune de MaPrimeRénov’, soit 22 259 € de revenu fiscal de référence pour une personne seule hors Île-de-France.
Exemple de calcul, avec une hypothèse : un ménage jaune installe une pompe à chaleur air/eau facturée 12 000 € TTC. MaPrimeRénov’ verse 4 000 €. Avec la prime CEE, le total ne peut pas dépasser 75 % de la dépense, soit 9 000 €. Si la réforme entre en vigueur, ce ménage ne toucherait plus que la prime CEE, dont personne ne peut prévoir le montant en 2027. Les ménages roses, eux, ne perdent rien : ils n’ont déjà droit qu’à la prime CEE.
Déposer avant le 31 décembre : les conditions à respecter
Le 31 décembre n’est pas une date limite officielle. C’est la veille de la date annoncée dans les documents budgétaires. Le décret du 25 août 2026 s’applique « aux demandes de primes déposées à compter » du 1er septembre 2026. Les dossiers déposés avant cette date sont restés soumis aux anciennes règles. Rien ne garantit que le prochain texte fera de même, mais c’est le précédent le plus récent.
Pour cumuler les deux aides, l’ordre des démarches compte plus que la date.
1. Faites établir le devis par une entreprise RGE. Elle doit être qualifiée pour la catégorie de travaux concernée. Elle doit aussi visiter le logement avant d’établir le devis, et la date de cette visite doit figurer sur le devis et sur la facture.
2. Acceptez l’offre CEE avant de signer le devis. C’est la règle des CEE et du Coup de pouce. Un devis signé avant l’acceptation de l’offre du fournisseur peut vous faire perdre la prime. Méfiez-vous aussi d’un devis qui mentionne un acompte versé avant cette acceptation : cette mention est interdite.
3. Déposez la demande MaPrimeRénov’ sur france-renov.gouv.fr avec le devis. Ne commencez les travaux qu’après l’accusé de réception de l’Anah. Cet accusé ne vaut pas accord : la décision dépend aussi des crédits disponibles dans l’année.
4. Respectez les délais. Les travaux doivent être achevés dans les deux ans suivant la notification de la décision, ou dans l’année si vous avez reçu une avance (jusqu’à 50 % de la prime). L’Anah peut accorder au plus six mois supplémentaires si un motif extérieur l’impose, comme la défaillance de l’entreprise.
Le logement doit en principe être construit depuis au moins 15 ans, avec des dérogations prévues pour les pompes à chaleur. Il doit être votre résidence principale dans l’année qui suit la demande de solde. Le conseiller France Rénov’ (0 808 800 700) peut vérifier votre éligibilité gratuitement.
Ne bâclez pas le choix de l’équipement pour tenir une date. Sur Omizi, l’annuaire des artisans permet de repérer des installateurs proches de chez vous. Vérifiez ensuite leur qualification RGE sur l’annuaire officiel de France Rénov’.
Quand la rénovation d’ampleur devient plus intéressante
Le projet de budget 2027 maintient MaPrimeRénov’ pour la rénovation d’ampleur. Elle s’adresse aux logements classés E, F ou G. Les travaux doivent faire gagner au moins deux classes et comprendre au moins deux postes d’isolation parmi les murs, les planchers bas, la toiture et les fenêtres. L’accompagnement par Mon Accompagnateur Rénov’ est obligatoire. L’Anah valorise elle-même les CEE : vous ne déposez qu’un seul dossier.
L’aide est un pourcentage du montant hors taxes des travaux : 80 % pour les ménages bleus, 60 % pour les jaunes, 45 % pour les violets et 10 % pour les roses. La dépense retenue est plafonnée à 30 000 € HT pour un gain de deux classes et à 40 000 € HT pour trois classes ou plus. Le total des aides ne peut pas dépasser 100 %, 90 %, 80 % ou 50 % du coût TTC selon le profil.
Exemple de calcul, avec des hypothèses : une maison classée F, un ménage jaune, un programme de 35 000 € HT comprenant une pompe à chaleur air/eau, l’isolation des murs et celle des combles, et un gain de trois classes. L’aide atteint 60 % de 35 000 €, soit 21 000 €, contre 4 000 € pour la pompe à chaleur seule en parcours par geste aujourd’hui. Le reste à charge en euros est plus élevé, mais le logement gagne trois classes énergétiques.
Ce parcours devient le plus intéressant si votre logement est une passoire (F ou G) que vous comptiez isoler un jour, et plus encore si vous êtes bleu ou jaune. Il est plus long à monter : rendez-vous France Rénov’, audit, accompagnateur. Les travaux doivent être achevés dans les trois ans suivant la décision, et le logement occupé pendant trois ans après le paiement du solde. Pour un logement déjà classé D ou mieux, la pompe à chaleur seule reste la seule option aidée par MaPrimeRénov’.
Le cas des bailleurs
Un propriétaire bailleur a droit à MaPrimeRénov’ par geste comme un occupant. Ce sont ses revenus qui déterminent sa couleur. En contrepartie, il s’engage à louer le logement en résidence principale dans l’année suivant la demande de solde, puis pendant au moins six ans. Il doit informer le locataire des travaux financés. S’il augmente le loyer en raison des travaux, il doit d’abord déduire la prime de leur montant. Un même ménage peut être aidé pour trois logements loués au plus sur cinq ans.
Le Coup de pouce « Chauffage », réservé aux résidences principales, s’applique aussi à un logement loué à l’année.
Pour un bailleur, le calendrier croise celui de la décence énergétique. Les logements classés G sont déjà interdits à la location, les F le seront en 2028 et les E en 2034. Changer seulement le chauffage ne suffit pas toujours à faire sortir un logement de ces classes. Faites réaliser un DPE projeté ou un audit avant de choisir entre une pompe à chaleur déposée en 2026 et une rénovation d’ampleur, ouverte elle aussi aux bailleurs.



